La longévité au travail : de la maintenance biologique à la stratégie d’entreprise

Et si l’on pouvait prendre de l’âge autrement ? Longtemps considéré comme une fatalité, le vieillissement devient un terrain d’action pour la géroscience, comme le confirme cet entretien avec le Docteur Christophe de Jaeger, spécialiste de la sénescence, et Charlotte Calvet Granet, cofondatrice du Longevity Culture Club.

Changement de définition

La longévité ne se résume pas à vivre plus longtemps. En Europe, l’expression est le plus souvent synonyme de l’ambition de rester en bonne santé le plus tard possible. Nutrition, sommeil, activité physique, gestion du stress et des émotions : ces cinq leviers permettent, pour Charlotte Calvet Granet, d’accroître son healthspan, soit sa « durée de santé » par opposition au simple lifespan ou « durée de vie ». Une nuance qui change tout, y compris dans la manière d’envisager le travail.

Le corps vieillit avant qu’on ne le remarque

La dégradation physiologique commence dès la fin de l’adolescence, aux alentours de 20 ans. Entre 30 et 50 ans, le rythme du travail et de la vie de famille masque souvent une usure silencieuse. C’est généralement entre 50 et 60 ans que les maladies se mettent en place pour se révéler dans la décennie suivante, puis se complexifier. Or, le Dr de Jaeger compare l’organisme à une mécanique de précision : il nécessite une maintenance régulière plutôt qu’une intervention d’urgence quand la panne survient. D’où une approche par bilans, mesures biologiques et ajustements personnalisés : la science de la longévité doit reposer sur la donnée et non sur des généralités.

L’environnement de travail, agresseur invisible

Pour mieux comprendre en quoi le travail peut impacter négativement la longévité, Charlotte Calvet introduit la notion d’exposome, c’est-à-dire l’ensemble de ce à quoi nous sommes exposés au quotidien : qualité de l’air, type d’éclairage, matériaux, niveau sonore, etc. En open space notamment, l’organisme reste en état d’alerte permanent face aux stimuli environnants. « Dans ces contextes, le cerveau reste en alerte, ce qui crée une fatigue du système nerveux. » Une fatigue qui s’accumule, s’installe et accélère le vieillissement sur le long terme. L’écart d’espérance de vie selon les conditions de travail peut atteindre jusqu’à 13 ans. « C’est tout l’enjeu de la médecine du travail, s’assurer qu’il ne dégrade pas la situation physiologique et ne mène pas à des pathologies » souligne le Dr de Jaeger.

Le paradoxe du travail qui protège

Pourtant, le travail constitue également un puissant facteur de longévité. Il impose un rythme physiologique structurant, des liens sociaux et une stimulation cognitive continue. La solitude, à l’inverse, peut faire perdre jusqu’à dix ans d’espérance de vie. L’entreprise est donc un rempart social autant qu’un cadre de performance. À condition d’en faire un milieu qui soutient plus qu’il n’use. C’est la démarche dans laquelle s’engage Capital 8 en favorisant, par son environnement, ses services et sa programmation, les meilleures options du point de vue de la santé des individus. Pour répondre aux inégalités de pénibilité entre les différents corps de métier, le Dr de Jaeger encourage « la bienveillance de la part de tout le monde » et suggère d’explorer des changements de poste en cours de carrière pour que chacun et chacune continue de trouver sa place dans la société.

Un enjeu stratégique, pas cosmétique

C’est là que le rôle des dirigeants et des espaces de travail devient central. Pour le Dr de Jaeger, l’entreprise doit sensibiliser à la notion de capital santé. Charlotte Calvet plaide pour une approche transverse, comparable à la manière dont les entreprises ont abordé la digitalisation : en faisant de la longévité un sujet RH, immobilier et stratégique à la fois. Aménager les postes, valoriser l’expérience des seniors, pour elle, « l’entreprise doit créer un environnement bienveillant et respectueux où le bon choix est le plus facile à faire ».

Rester en meilleure forme le plus longtemps possible est donc à la fois une responsabilité individuelle et un défi collectif que l’espace de travail peut activement contribuer à relever.

Retrouvez prochainement l’épisode du podcast Capital 8 Forward Together lié à cet article.